L’intellectuel, qui a été arrêté à son arrivée à l’aéroport d’Alger le 16 novembre dernier, fait face à diverses accusations, notamment « atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, actes susceptibles de porter préjudice à l’économie nationale ainsi que possession de vidéos et publications mettant en danger la sécurité et la stabilité du pays ». D’après l’accusation, il aurait proféré des déclarations qui mettent en question l’intégrité du territoire algérien. Elle s’appuierait principalement sur les propos d’une interview accordée au média français Frontières, identifié comme étant d’extrême droite, où il a mentionné les frontières historiques entre l’Algérie et le Maroc. On a notamment affirmé « qu’une portion de l’Algérie était attachée au Maroc avant l’indépendance », adoptant ainsi les arguments marocains sur le sujet.
À l’époque, l’APS, une agence de presse algérienne, avait réagi avec véhémence, dénonçant un « délire révisionniste » et accusant la France d’apporter son soutien à un auteur qualifié de « négationniste ». Selon divers médias algériens, tels qu’Echorouk et TSA, le procès de l’écrivain suscite une attention soutenue des deux rives de la Méditerranée. L’Institut du monde arabe (IMA) et les Éditions Gallimard ont organisé une soirée de soutien à Boualem Sansal, auteur franco-algérien actuellement en détention en Algérie, le 18 février dernier. À cette occasion, un certain nombre d’auteurs de prestige ont intervenu, y compris Antoine Gallimard, Jean-Michel Blanquer et Natacha Polony. Nous avons également assisté aux interventions d’écrivains tels qu’Ian McEwan, Arundhati Roy, Roberto Saviano, Daniel Pennac, Kamel Daoud, Sylvain Tesson, Pierre Assouline, Florence Aubenas et Sorj Chalandon.
Gallimard publiera un recueil de ces discours prononcés en soutien à l’écrivain incarcéré depuis le 16 novembre. Antoine Gallimard a déclaré que ses textes seront traduits en diverses langues, y compris l’arabe. Cependant, la maison d’édition a spécifié à nos collègues du périodique littéraire ActuaLitté que les détails de publication, notamment la date de sortie et les langues choisies, sont encore en négociation. Par ailleurs, un autre livre collectif nommé Pour Boualem Sansal est prévu pour être publié le 27 mars par les éditions David Reinharc. Cet ouvrage compilera des écrits et illustrations provenant de contributeurs variés, dans l’intention d’éclairer la situation des écrivains incarcérés. Pascal Bruckner et Michel Gad Wolkowicz, à l’origine du projet, soulignent la nécessité de lire les travaux de Boualem Sansal pour appréhender les problématiques politiques et géopolitiques contemporaines. D’après leur point de vue, ses travaux sont fondamentaux, puisque « la connaissance est sa seule vertu face à l’austérité des régimes autoritaires », comme le précise l’éditeur.
Le 16 novembre dernier, l’auteur a été interpellé à l’aéroport d’Alger et fait l’objet de poursuites en vertu de l’article 87 bis du Code pénal algérien. Cet article définit comme « acte terroriste ou subversif, tout acte visant la sûreté de l’État, l’intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ». Lors d’un point presse à Paris le 11 mars, l’avocat de Boualem Sansal, François Zimeray, a déclaré qu’il porterait cette « détention arbitraire » devant les instances de l’ONU pour protester. Il admettait que ces actions « n’ont pas de force contraignante », mais soulignait leur « grande portée morale ». Selon lui, les conditions actuelles du procès ne garantissent aucune équité : « Sa défense est aujourd’hui impossible. Et lorsqu’une défense est impossible […] il ne peut pas y avoir de procès équitable. Et s’il n’y a pas de procès équitable, la détention est arbitraire. » Il s’inquiète également pour la santé de l’écrivain, âgé de 80 ans, dont il n’a pas eu de nouvelles depuis quinze jours. « La détention d’un homme âgé et malade est à tout le moins abusive », a-t-il déclaré, exprimant ses craintes quant à « l’évolution de son cancer »


