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Boualem Sansal : l’Assemblée nationale française vote une résolution pour sa libération

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, détenu en Algérie depuis plus de 170 jours, a été au centre des débats publics à l’Assemblée nationale francaise les 5 et 6 mai. Un appel à sa libération immédiate et sans condition a été voté par l’Europe, malgré les demandes de révision d’un texte considéré comme confus, voire belliqueux, par la gauche du parlement.

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été arrêté à l’aéroport d’Alger le 16 novembre 2024. Il a par la suite reçu une peine de cinq ans de prison pour « atteinte à l’intégrité du territoire », émanant du tribunal correctionnel de Dar El Beida. Cette condamnation a été contestée en appel début avril dernier. L’espoir d’une grâce présidentielle, soutenu par la diplomatie française, n’est pas encore devenu réalité. L’interpellation du romancier s’aligne sur une période marquée par des tensions croissantes entre la France et l’Algérie, exacerbées par le soutien français à la position du Maroc sur la question du Sahara occidental, mais également par le contexte de la collaboration en matière de sécurité et d’immigration entre les deux nations, ainsi que les propos tenus par le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Selon un document interne cité par La Tribune Dimanche en mars, l’un des objectifs du ministère est de créer « un rapport de force ». Pour ce faire, ils envisagent de ralentir les procédures d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français.

Soutenue par Constance Le Grip (Ensemble pour la République, Hauts-de-Seine), la résolution européenne adoptée par l’Assemblée nationale le mardi 6 mai « [c]condamne fermement l’incarcération et la détention de M. Boualem Sansal et exige sa libération immédiate et sans conditions », à l’encontre du gouvernement algérien. Bien que cette demande majeure ait reçu l’accord de tous les représentants, indépendamment de leur affiliation politique, la méthode employée a suscité diverses critiques provenant tant de la gauche que de l’extrême droite. Dominique Voynet (Écologiste et Social, Doubs) a souligné que « En diplomatie, les mots ont un poids, qui peut peser lourd dans la balance des négociations », citant l’avis de la gauche de l’hémicycle qui considère que la formulation de la résolution est trop agressive. « Le ton actuel de ce projet de résolution européenne recèle le danger d’une escalade symbolique, vaine et contre-productive », a-t-elle ajouté, plaidant pour une reformulation et un texte focalisé sur la libération de Boualem Sansal. Pour sa part, Pierre Pribetich (Côte-d’Or, Socialistes et apparentés) a mis en évidence que « la proposition de résolution européenne est confuse », combinant « un message diplomatique et une orientation politique intérieure rigoureuse, martiale, menée par l’extrême droite et la droite ». Nathalie Oziol (Hérault, La France Insoumise – Nouveau Front Populaire) souligne une résolution qui « manifeste la volonté que l’Algérie se plie à certaines exigences pour que les collaborations qui l’unissent à la France ou à l’Europe continuent ». Elle a également suggéré une proposition de reformulation.

En revanche, du côté de la droite et de l’extrême droite, les propositions d’amendements suggéraient des sanctions encore plus sévères. Éric Michoux (Saône-et-Loire, UDR) suggère donc, à travers des modifications, une « interruption des visas pour les citoyens algériens », « la cessation de l’aide publique au développement », « l’abolition de l’exemption de visa pour les oligarques algériens » ou encore « la fin des acquisitions d’hydrocarbures provenant de l’Algérie ». Guillaume Bigot (Rassemblement national, Territoire de Belfort) a intensifié la situation en ajoutant à l’escalade des représailles la « dénonciation de l’accord de 1968 », qui libère les citoyens algériens du besoin d’un visa pour un séjour prolongé en France, à condition qu’ils obtiennent un certificat de résidence. Au terme des délibérations, 335 votes ont été comptabilisés : 307 députés ont voté en faveur de l’adoption de la proposition de résolution européenne, tandis que 28 ont voté contre, provenant principalement du groupe La France Insoumise — Nouveau Front Populaire.

Les débats en public ont montré une certaine indulgence envers les déclarations de Boualem Sansal au cours des dernières années, avant son incarcération en Algérie. Effectivement, l’écrivain est un membre du comité de direction du média d’extrême droite Frontières, qui fait l’objet d’une plainte pour diffamation déposée par la Ligue des droits de l’homme, Utopia 56 et le Mouvement contre le racisme et pour l’entente entre les peuples. L’emprisonnement de Boualem Sansal, bien qu’inacceptable, semble l’avoir déchargé de toute responsabilité concernant les discours d’extrême droite diffusés par cette publication et par lui-même. En octobre 2024, il se questionnait notamment sur la nécessité de « fermer toutes les mosquées » françaises — les voyant comme des « lieux de gouvernement » plutôt que des « lieux de culte ». Il est ardu, connaissant les inclinaisons idéologiques de Sansal, de comprendre certaines déclarations, en particulier celles de Benjamin Haddad, ministre délégué à l’Europe. Il considère que l’écrivain porte « une voix lucide, audacieuse, sans compromis ; une voix de vérité, même si elle est perturbante ». Vincent Ledoux (Nord, Ensemble pour la République) partage la même opinion, dépeignant « une conscience indomptable, un auteur clairvoyant qui n’a jamais cédé face à la vérité ».

Boualem Sansal mérite sans doute d’être libéré de la prison, mais cela signifie-t-il qu’il faut le vénérer sans réserve ? La résolution européenne adoptée par l’Assemblée nationale exhorte donc le gouvernement à désigner M. Boualem Sansal comme ambassadeur de la francophonie. Si cette suggestion (provenant d’un amendement de Xavier Breton, député de la Droite Républicaine de l’Ain) affirme que ce statut pourrait hâter la libération de l’écrivain, le symbole d’une banalisation des discours d’extrême droite serait alors total. Selon la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale, les résolutions européennes adoptées par cette dernière offrent la possibilité d’exprimer sa position « sur des textes européens en cours de discussion ou sur des sujets plus globaux liés aux activités de l’Union ». Après leur adoption, les textes sont envoyés à la Commission européenne, qui est censée réagir dans un délai de trois mois si une résolution est requise. Le texte adopté le mardi 6 mai appelle la Commission « à rappeler aux autorités algériennes le respect du droit de la défense de M. Boualem Sansal et de permettre à son avocat de le rejoindre à Alger pour le défendre », « à inscrire la promotion de l’État de droit et des libertés fondamentales au cœur du dialogue avec l’Algérie » et « à veiller à ce que toute coopération renforcée avec l’Algérie soit subordonnée à des avancées concrètes et mesurables en matière d’État de droit et de libertés fondamentales et à faire de la libération de M. Boualem Sansal une exigence préalable dans le cadre des discussions sur la modernisation de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie ».

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