À Alger, une voix unique s’est levée pour soutenir Boualem Sansal. L’auteur Yasmina Khadra a saisi l’occasion d’une interview avec le chef d’État algérien Abdelmadjid Tebboune pour défendre son collègue incarcéré. « La semaine dernière, j’ai eu une rencontre avec le président Tebboune. Nous avons abordé divers sujets et j’ai saisi l’occasion pour évoquer la situation de Boualem Sansal. J’ai fait pression pour sa libération », a déclaré l’écrivain à l’AFP depuis Alger, la capitale de l’Algérie. L’auteur, qui vient de sortir la version améliorée et étoffée du roman noir Morituri publié dans les années 90 aux éditions Mialet-Barrault, explique avoir agi par sens du devoir : « J’ai accompli ma responsabilité d’écrivain. S’il existe une légère possibilité, il faut l’essayer. Boualem Sansal est souffrant, il ne faut jamais le perdre de vue », a-t-il complété. Selon ses dires, le président aurait écouté « avec attention » cette interpellation.
Cette action se distingue du silence observé récemment autour des visites de personnalités accueillies au palais présidentiel. Le 2 juin, Abdelmadjid Tebboune recevait à Alger plusieurs personnalités influentes originaires de France, dont Rodolphe Saadé, le PDG du groupe maritime CMA CGM, ainsi que DJ Snake, un artiste franco-algérien d’envergure internationale. Aucune de ces visites, largement couvertes par les médias officiels, n’a suscité de commentaire concernant la situation de Boualem Sansal. Il convient de noter que Boualem Sansal, romancier de 75 ans atteint d’un cancer d’après son avocat, est en détention à Alger depuis deux cents jours. Il fait face à plusieurs accusations, y compris l’« atteinte à l’unité nationale », l’« outrage à corps constitué », des « pratiques susceptibles de nuire à l’économie nationale », la possession de contenus considérés comme menaçants pour « la sécurité et la stabilité du pays », ainsi que pour « intelligence avec l’ennemi ».
Selon Le Monde, son interpellation pourrait être associée à ses propos tenus sur le média d’extrême droite Frontières, où il défendait l’argument marocain selon lequel le territoire marocain aurait été dépouillé au profit de l’Algérie durant la période coloniale française, bien que cela n’ait pas été signalé par les autorités algériennes. Lors d’une audience le 20 mars dernier, un magistrat algérien aurait mentionné des correspondances entre l’écrivain et l’ancien ambassadeur de France Xavier Driencourt (de 2008 à 2012, puis de 2017 à 2020), qui contiendraient, d’après lui, « des attaques contre l’armée et les institutions ». Sans les démentir, Sansal avait précisé que ces discussions exprimaient son « point de vue en tant que citoyen algérien ». Le 27 mars, le tribunal correctionnel de Dar El Beida a infligé à Sansal une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme, accompagnée d’une amende de 500.000 dinars (approximativement 3500 €). Cette décision a été contestée par l’auteur. Selon Me Mohamed Baghdadi, bâtonnier d’Alger, cité par l’AFP le 20 mai, la date de l’audience a été déterminée au 24 juin « à la demande de l’intéressé pour lui permettre de préparer sa défense ».


