Elle nourrissait de grandes ambitions et avait une vision précise. Claude Bourgie Bovet rêvait d’instaurer au Québec un prix littéraire comparable au Goncourt des lycéens en France. Un prix qui encourage la lecture de jeunes auteurs locaux chez les jeunes québécois . Qui leur offrent la possibilité de maîtriser les styles, d’acquérir une compréhension profonde à travers cinq romans, des nouveautés, à chaque nouvelle édition. Un prix qui leur enseigne à discuter en vue de choisir, lors d’une rencontre connexe au Salon international du livre de Québec, leur livre de l’année. En 2004, après une première édition pilote, Claude Bourgie Bovet, qui préside la Fondation Marc Bourgie pour l’éducation des jeunes, a collaboré avec Bruno Lemieux, un professeur de littérature à Sherbrooke, pour fonder le Prix littéraire des collégiens et des collégiennes au Québec. Ainsi, il regroupe plus de 500 étudiants provenant de 34 collèges au Québec. C’est Contes butô d’Ook Chung, publié par Boréal, qui a gagné leur préférence.
Cette année, le prix comptait un total de 62 établissements. Désormais, environ 1000 étudiants prennent part chaque année. Ils parcourent cinq romans tout neufs ; sélectionnent leurs favoris ; mettent en place leurs arguments ; désignent un représentant de leur cégep qui se rendra à Québec, à la « délibérante », pour défendre leurs choix préférés. « 1000 étudiants qui te suivent, c’est une quantité phénoménale », s’exclame Sébastien Dulude. Poudreuse, le premier roman de Sophie Lalonde-Roux, a devancé Son Amiante (La Peuplade). Selon M. Dulude, « l’ouverture à tous les auteurs est remarquable, et les réactions des jeunes sont d’une très haute qualité ». Richard Prieur, ancien directeur de l’Association nationale des éditeurs de livres, se souvient que « Le Prix littéraire des collégiens, c’était [le] bébé » de Claude Bourgie Bovet. Elle a déclaré, il y a quelques semaines, que c’était son « plus grand accomplissement professionnel », « Parce que cela correspondait à tout ce qu’elle considérait important, révèle à son tour Bruno Lemieux. La curiosité, la réflexion, la littérature, l’instruction, le désir d’apporter un changement positif dans la société. Et sa confiance et son appui à la jeunesse. »
Au tout début, Mme Bourgie Bovet fournit un soutien financier crucial, qui comprend même la prise en charge des frais de transport et de logement à l’hôtel Manoir Victoria pour les étudiants qui participent aux débats. Jusqu’en 2020, elle « expédiait les livres en préparant les colis dans son garage », rigole M. Prieur. Pour permettre un délibération appropriée, chaque juré participant reçoit une copie de tous les livres candidats. C’est ce qui confère à ce prix une grande importance en termes de retombées au Québec. Outre ces ventes garanties pour tous les lauréats, et au-delà de donner aux auteurs l’occasion de rencontrer les jeunes et leur énergie contagieuse, « le prix a mis en lumière des œuvres et des écrivains », affirme M. Lemieux avant de poursuivre: « Rappelez-vous Nikolski, premier livre publié chez Alto, alors que Nicolas Dickner était tout jeune et que la maison débutait. Ce sont les collégiens qui ont donné le premier prix en 2006 à ce livre ; et ça a donné un coup de pouce à l’éditeur. » Avec le temps, Catherine Mavrikakis, Jocelyne Saucier, Louis Hamelin, Éric Dupont et Paul Kawczak ont été entre autres honorés par les étudiants du collège. « Claude était une mécène hors pair », se souvient de son côté le journaliste Jean-François Nadeau, qui dirigeait Le Cahier Livres en 2004, lorsque Le Devoir a commencé à collaborer avec le prix.


