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Effet Streisand ? Meta empêche la diffusion d’un livre-choc, il cartonne

Un nouveau litige se profile entre les auteurs et Meta. Suite à des accusations de vols d’œuvres massifs par trois syndicats français, le collectif se retrouve désormais en conflit avec une auteure américaine : Sarah Wynn-Williams. Dans un ouvrage polémique, l’ancien salarié dévoile des informations cruciales concernant la société. Gestion toxique, allégations de harcèlement sexuel, manœuvres politiques… Meta rejette catégoriquement, et interdit temporairement toute promotion ou diffusion du livre.

Un ouvrage qui perturbe. Daté du 11 mars dernier et publié par Flatiron Books, Careless People : A Cautionary Tale of Power, Greed, and Lost Idealism ne pourra pas être promu ou distribué pour le moment par la maison d’édition. En question : les déclarations de son auteure, Sarah Wynn-Williams. Cette ancienne employée a occupé divers postes chez Facebook entre 2011 et 2017, et elle a progressé au sein de l’entreprise jusqu’à atteindre le poste de directrice des affaires publiques mondiales. Dans un ouvrage qui est demeuré secret jusqu’à la semaine dernière, l’ex-dirigeante révèle « les faux pas stratégiques du titan des médias sociaux : des premières interactions hésitantes avec des gouvernements autoritaires à la réaction de Mark Zuckerberg en prenant conscience de l’implication de Facebook dans l’élection de Donald Trump », promet l’éditeur sur le dos du livre.

Elle présente non seulement une image peu élogieuse du colosse américain, mais révèle principalement des informations embarrassantes concernant les liens qu’aurait Facebook avec la Chine. Elle reproche à la société d’avoir envisagé, en 2015, de mettre en place un « rédacteur en chef » responsable de la censure de certains contenus ou de fermer la plateforme en Chine, sous l’instruction du gouvernement. Un élément qui refléterait son impression générale de son expérience dans le collectif. Elle explique : « Faire partie de Facebook, c’est comme […] voir un groupe d’adolescents de quatorze ans, possédant des superpouvoirs et une immense richesse, parcourir le monde pour comprendre ce que leur influence peut leur donner ».

Au-delà des révélations à portée internationale, l’autrice dénonce un style de gestion malsain et des abus commis par les supérieurs hiérarchiques. Elle déclare en particulier avoir subi du harcèlement sexuel de la part de Joel Kaplan, le vice-président actuel des affaires publiques de Meta. Elle le reproche de lui avoir fait des avances inappropriées lors d’une manifestation professionnelle, de l’avoir désignée comme « sulfureuse » et d’avoir proféré des commentaires indélicats à propos de son époux. Meta, quant à elle, dément vigoureusement ces allégations et rappelle que l’auteure a été congédiée il y a huit ans pour « manque de compétence ». En ce qui concerne les allégations de harcèlement sexuel, la grande entreprise de la Silicon Valley assure avoir réalisé une investigation interne sur ces faits et considère les accusations comme étant « trompeuses et sans fondement ».

.Andy Stone, porte-parole de l’entreprise, rappelle que Facebook « n’opère pas en Chine aujourd’hui », et précise que, si le réseau social avait exploré cette possibilité dans le passé, le projet a été abandonné en 2019. Il va même plus loin en qualifiant le livre de « mélange d’affirmations obsolètes et de fausses accusations ». À l’instar de Mike Rognlien, un ancien collaborateur de l’entreprise, a commenté Careless People : « J’ai travaillé en étroite collaboration avec Sarah durant 18 mois, alors que nous étions tous deux basés au bureau de New York […]. Ce livre contient tellement de mensonges que je ne saurais même pas par où commencer », a-t-il posté sur Threads. Après la sortie du livre, la société de Mark Zuckerberg a engagé une procédure d’arbitrage privé, soutenant que l’ouvrage transgressait un accord de non-dénigrement signé par l’auteure alors qu’elle occupait une fonction dans le domaine des affaires publiques. Lors d’une audience exceptionnelle tenue le mercredi 12 mars, Nicholas Gowen, l’arbitre en charge du dossier, a estimé que Meta avait suffisamment de preuves pour démontrer une potentielle violation du contrat. Par conséquent, Sarah Wynn-Williams est obligée de suspendre toute promotion de son livre et d’arrêter toute communication négative à propos de Meta. Elle doit aussi retirer ses commentaires précédents « dans la mesure du possible ».

Cependant, cette décision n’impacte ni l’éditeur Flatiron Books, ni sa société mère Macmillan, qui conservent la liberté de continuer à publier et vendre le livre. Dans une déclaration, ils ont critiqué les efforts de Meta pour étouffer l’autrice : « Nous sommes atterrés par les tactiques de Meta, qui cherche à faire taire notre autrice en se référant à une clause de non-dénigrement dans le cadre d’un accord de séparation ». D’après leur point de vue, l’ordonnance ne remet absolument pas en question le contenu de Careless People, qui a été soumis « à un processus strict de relecture et de contrôle ». Dans tous les cas, l’œuvre de Sarah Wynn-Williams semble profiter d’un effet Streisand : un phénomène où chaque tentative de censurer ou d’éliminer une information aboutit à augmenter son exposition. Meta, en tentant d’entraver sa diffusion, a paradoxalement participé à son triomphe. Conséquence : l’ouvrage a grimpé au sommet des ventes sur Amazon et a reçu une couverture médiatique conséquente dans la presse anglophone.

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