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En Turquie, les éditeurs dénoncent un “assaut violent” contre la liberté d’expression

En Turquie, la contestation contre le régime de Recep Tayyip Erdoğan est en plein essor, plus d’une semaine après l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, principal adversaire du président actuel. De nombreu acteurs de la littérature turque expriment leur préoccupation face à la répression sévère des manifestations et au danger pour la liberté d’expression.

L’arrestation d’Ekrem İmamoğlu, le maire d’Istanbul et principal opposant à Recep Tayyip Erdoğan en Turquie, a provoqué une série de manifestations sans précédent depuis longtemps. Le 19 mars dernier, İmamoğlu ainsi que ses associés et certains membres de son parti ont été arrêtés, incriminés pour « corruption », « terrorisme » ou encore « assistance au PKK ». Cette accusation refait souvent surface lorsqu’on évoque les adversaires d’Erdoğan : le PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan, qui est banni en Turquie et classé comme groupe terroriste, figure parmi les principaux ennemis de l’actuel président. Il s’en sert donc comme d’un véritable outil de dissuasion pour dénier à la minorité kurde plusieurs droits et critiquer ses opposants politiques. Dans de nombreuses métropoles du pays, en particulier à Istanbul et Ankara, le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a réussi à rassembler les manifestants. Par ailleurs, d’autres lieux de protestation ont vu le jour au sein des universités nationales.

Toutefois, la répression demeure rigoureuse : entre le 19 et le 24 mars, en l’espace de quelques jours, les autorités ont procédé à l’arrestation de 1133 manifestants et manifestantes, y compris une dizaine de journalistes, comme le rapportait Amnesty International le 27 mars. L’entité signale également des actes de violence intense provenant des forces de l’ordre, incluant des projectiles en caoutchouc « parfois à bout portant », mais aussi des coups de matraque et de pied infligés à des manifestants au sol. L’association des éditeurs en Turquie a diffusé un communiqué dès le 25 mars, exhortant le gouvernement à « respecter la volonté du peuple et le droit à une représentation démocrique », mentionnant l’incarcération d’Ekrem İmamoğlu ainsi que d’autres maires pourtant élus, « sur des bases politiques non fondées juridiquement ». Amnesty International met en lumière l’usage excessif de la force, et souligne que « des journalistes et des professionnels des médias, qui défendent le droit du public à l’information, ont également été ciblés par des détentions et des mesures répressives ».

Enfin, l’association des éditeurs turcs met en exergue « qu’un environnement où l’État de droit et la sauvegarde des droits fondamentaux ne sont pas garantis ne mérite ni le titre de démocratie, ni la tranquillité sociale ». L’UIE, qui représente les éditeurs à l’échelle mondiale, a exprimé son soutien pour ce message. Selon Burhan Sonmez, président de PEN International, l’organisation qui défend la liberté d’expression et les droits des auteurs a dénoncé « l’agression violente contre l’expression pacifique orchestrée par les autorités turques, qui semblent déterminées à afficher leur dédain pour l’État de droit et leur volonté inébranlable de faire taire leurs opposants ». Effectivement, la Turquie est réputée pour sa répression sévère à l’encontre des auteurs et des éditeurs. Mentionnons les affaires de Selahattin Demirtaş, auteur et parlementaire qui a été condamné à 42 ans d’emprisonnement par une cour pénale d’Ankara le 16 mai 2024, ainsi que celle d’Osman Kavala, éditeur et philanthrope qui a reçu une peine de réclusion à perpétuité en avril 2022.

 

 

 

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