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États-Unis : auteurs et éditeurs unis contre une loi liberticide

Depuis juillet 2024, l’État de l’Idaho, au nord-ouest des États-Unis, s’est mis au diapason de la censure politique. Brad Little, gouverneur républicain, a promulgué une loi visant les livres « obscènes », qui incluent des passages faisant référence à la sexualité, et prévoit même des sanctions contre les bibliothécaires qui défendraient la liberté de lire. Plusieurs éditeurs attaquent à présent cette législation, « extrêmement vaste, vague et particulièrement discriminante ».

Le 1er juillet 2024, l’Idaho a mis en application le Children’s School and Library Protection Act. Ce texte vise à garantir que les enfants ne soient pas exposés à des contenus pornographiques dans les écoles et bibliothèques financées par les impôts. Comme l’a souligné l’un de ses défenseurs, l’Idaho Family Policy Center, une organisation chrétienne promouvant des valeurs « familiales » conformes aux enseignements religieux. Cette mission soulève des questions sur le professionnalisme des bibliothécaires, d’une part, et leur aptitude à proposer des documents appropriés aux lecteurs. D’autre part, elle témoigne d’une volonté de surveiller les œuvres qui circulent dans l’espace public. Cette loi, ciblant les livres dits « obscènes » qui contiennent des allusions à la sexualité, ouvre effectivement la voie à l’exclusion d’un grand nombre d’ouvrages, sous un angle politique.

Cette loi HB710 a conduit à l’exclusion de plusieurs œuvres, dont La Servante écarlate de Margaret Atwood, la saga Le Trône de fer de George R.R. Martin et Pour toujours de Judy Blume figurent parmi les plus notables. Plusieurs autres œuvres sont touchées, car la loi se limite à cibler les livres « obscènes », y compris ceux qui contiennent des « contenus sexuels » et qui dépeignent la sexualité comme « l’homosexualité ». De plus, l’expression « mineurs » ne spécifie jamais la différence entre un enfant de moins de 7 ans, qu’on s’assurera clairement de tenir à l’écart de la série Le Trône de fer, et un adolescent de 17 ans. Le texte, par son extrémisme hérité des influences religieuses lors de sa création et de son adoption, menace donc les récits traitant des relations amoureuses, notamment LGBT, ainsi que les livres sur l’éducation sexuelle et la prévention des violences sexuelles… Suite à l’adoption de la loi HB710, la bibliothèque municipale de Donnelly a déclaré, quelques semaines avant son application, qu’elle se transformait en « espace réservé aux adultes », n’étant pas en mesure d’éloigner les livres jugés « obscènes » selon la législation des mineurs, du fait de ses dimensions réduites.

Suite à un recours judiciaire devant une cour de district, les maisons d’édition américaines telles que Penguin Random House, Hachette Book Group, HarperCollins Publishers, Macmillan Publishers, Simon & Schuster et Sourcebooks contestent l’application de cette législation dans l’État de l’Idaho. Les plaignants affirment dans un communiqué : « la définition trop vaste du “contenu sexuel” a déjà poussé les bibliothèques à retirer des centaines d’œuvres fondamentales de leurs rayonnages, y compris des classiques reconnus et aimés tels que Abattoir 5 ou la Croisade des enfants de Kurt Vonnegut, L’Œil le plus bleu de Toni Morrison, La Servante écarlate de Margaret Atwood et Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage de Maya Angelou ».

 

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