On dit souvent qu’il ne faut pas se fier à la couverture d’un livre, mais cette assertion contestable ne tient pas face au récit de William Corder. Selon la BBC, cet individu est l’un des criminels britanniques les plus notoires au début du XIXe siècle. Il a été déclaré coupable du meurtre de son amante, Maria Marten, qu’il avait abattue et ensevelie dans une grange après l’avoir attirée avec la promesse d’une fuite conjointe pour le mariage. Le cas avait captivé l’intérêt de la Grande-Bretagne et avait donné lieu à de multiples adaptations en littérature, théâtre et musique. William Corder a été exécuté par pendaison en public en août 1828, devant une foule de plusieurs milliers de témoins. Par la suite, son corps a été soumis à une dissection et une portion de sa peau a été employée pour lier un livre détaillant son procès.
Un exemplaire du livre — que l’on croyait être le seul — est déjà en exposition au Moyse’s Hall Museum depuis 1933. Toutefois, il y a peu, des conservateurs du musée ont découvert un second livre confectionné à partir de la peau de William Corder sur leurs rayonnages. Dans ce cas, l’utilisation de cuir humain est partielle et se limite à la reliure et aux coins du livre. Les deux livres sont maintenant présentés en tandem. Le terme scientifique pour l’art de lier des livres en utilisant de la peau humaine est bibliopégie anthropodermique. Bien que ses premières manifestations aient été repérées au XVIIIe siècle, elle a connu une expansion notable au XIXe siècle, avant de s’évanouir après la Seconde Guerre mondiale. Elle était particulièrement employée pour les personnes condamnées à mort, ou par des médecins désirant garder une preuve tangible d’un cas marquant. Dan Clarke, le gestionnaire du patrimoine au musée, souligne l’importance historique que revêtent ces artefacts. « On retrouve des restes humains dans l’ensemble des musées du pays », souligne-t-il. Il précise n’avoir jamais reçu de réclamation concernant le premier livre présenté.
Cependant, la présentation d’une œuvre de ce type ne semble plus susciter un soutien unanime aujourd’hui. Terry Deary, écrivain de contes d’horreur historique destinés aux enfants, qualifie ces objets de « artefacts répugnants » et se déclare scandalisé par leur préservation : « Ce sont deux livres que j’aimerais incinérer. » Devant les controverses éthiques soulevées par ce genre d’œuvre, certains instituts ont opté pour une autre direction. En mars 2024, la bibliothèque de l’université Harvard a choisi d’enlever la couverture en peau humaine d’un livre du XIXe siècle, citant le caractère « éthiquement problématique » de sa provenance. Le musée à Bury St Edmunds affiche clairement sa position biaisée. Pour Abbie Smith, la nouvelle assistante, avoir ces livres entre ses mains a constitué une expérience marquante : « Ils ont l’apparence de n’importe quel autre livre. Si on ne vous en informe pas, vous ne pouvez pas le deviner. »


