L’adaptation de la nouvelle éponyme de l’auteur américain Ben Shattuck, non disponible en français, intitulée The History of Sound et mise en scène par Oliver Hermanus, figure parmi les œuvres sélectionnées pour l’édition 2025 du Festival de Cannes. Ce film dramatique historique co-produit par les États-Unis et le Royaume-Uni présente Paul Mescal et Josh O’Connor dans la peau de deux jeunes hommes parcourant la Nouvelle-Angleterre à l’été 1919 pour collecter les chants folkloriques de leur époque. Ben Shattuck, qui a vu le jour en 1984 dans le Massachusetts, est un auteur, artiste et conservateur d’origine américaine. Ses écrits allient mémoire, nature et introspection. Quant à Oliver Hermanus, il est un réalisateur sud-africain qui a attiré l’attention dès son premier long-métrage, Shirley Adams (2009). Il a gagné la Queer Palm au festival de Cannes en 2011 pour son film Beauty et a ensuite été sélectionné dans de nombreux grands festivals avec ses œuvres The Endless River, Moffie et Vivre.
Le film La Petite Dernière, dirigé par Hafsia Herzi, est aussi en lice dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2025. Inspiré du livre du même nom de Fatima Daas, sorti en 2020, le film dépeint l’histoire de Fatima, la plus jeune membre d’une famille algérienne vivant en périphérie parisienne. Face aux sujets délicats concernant l’amour et la sexualité, elle commence à s’éloigner de sa famille en choisissant d’intégrer une classe préparatoire en dehors de son quartier. Cette libération l’amène à revendiquer son homosexualité, créant une tension entre ses désirs, sa religion musulmane et les exigences de son environnement. Ce quatrième film de Hafsia Herzi, coécrit par la cinéaste elle-même, est mené par Nadia Melliti dans le rôle principal. Fatima Daas, qui a vu le jour en 1995 à Saint-Germain-en-Laye, a grandi à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, lieu d’établissement de ses parents, originaires d’Algérie. Originaire d’une grande famille, elle cultive dès son jeune âge une sensibilité pour l’écriture : au collège, elle se distingue en réclamant le droit de partager ses pensées et compose ses premiers écrits. Elle se définit comme une féministe intersectionnelle.
Deux Procureurs, la dernière œuvre du réalisateur ukrainien Sergueï Loznitsa, est une adaptation du roman soviétique Dva prokourora de Gueorgui Demidov. Cet écrivain longtemps censuré dont le travail, redécouvert récemment, met en évidence les abus du système judiciaire stalinien. Le film se situe en 1937 à Briansk, en plein cœur de la grande terreur soviétique : un jeune procureur met la main sur une lettre d’un détenu dénonçant une injustice et essaie, malgré le risque pour sa carrière, d’attirer l’attention du Procureur général dans une période marquée par la répression systématique orchestrée par le NKVD. Gueorgui Demidov, qui a vu le jour en 1909 à Saint-Pétersbourg, a reçu son premier brevet d’invention alors qu’il n’avait que 21 ans. En tant qu’ingénieur physicien à l’Institut de physique de Kharkov, il est appréhendé en 1938 par le NKVD et condamné par la suite à huit années de travaux forcés. Il est déporté en Kolyma, où il est assigné pendant une décennie aux tâches qualifiées de « communes ». Après cette première peine, en 1946, il reçoit de nouveau une sentence de dix ans supplémentaires. Il est déplacé à Inta, en république des Komis, en 1951, avant de connaître une réhabilitation en 1958. Il s’établit donc à Oukhta, puis à Kalouga. Il était père d’une petite fille au moment de son arrestation, et il ne l’a revue que dix-neuf ans plus tard.
Fuori, réalisé par Mario Martone, dépeint cette fois un chapitre significatif de l’existence de Goliarda Sapienza, en adaptant son autobiographie L’Université de Rebibbia, initialement sortie en 1983. Le film raconte son emprisonnement suite à un acte impulsif, et la fraternité inattendue qu’elle tisse avec les prisonnières, provoquant l’inquiétude de son cercle intellectuel. Spike Lee dévoile son dernier long-métrage Highest 2 Lowest dans la section Hors Compétition. Le film à suspense américain est une autre version du livre Rançon sur un thème mineur d’Ed McBain, déjà adapté au cinéma par Akira Kurosawa sous le titre Entre le ciel et l’enfer (1963).Denzel Washington, qui travaille pour la cinquième fois avec Lee, est au centre du film qui présente un casting comprenant des personnalités du cinéma et de la musique telles qu’ASAP Rocky et Ice Spice. L’intrigue se déroule autour du rapt d’un proche d’une famille riche et des conséquences tumultueuses qui en découlent, y compris pour leur conducteur, dans une trame narrative axée sur les relations de classe, le pouvoir et l’argent. A24, Apple Studios et la société historique de Lee, 40 Acres & A Mule Filmworks en sont les producteurs. Il sera projeté en salles aux États-Unis au printemps 2025, avant sa diffusion sur Apple TV+.
Dalloway de Yann Gozlan, mettant en vedette Cécile de France, a été présenté lors de la Séance de Minuit au Festival de Cannes 2025. Il ne s’agit pas d’une transposition fidèle du célèbre ouvrage de Virginia Woolf, mais il se positionne délibérément dans une lignée assumée. Le film présente Clarissa, personnage central de l’œuvre britannique, en tant qu’auteure cherchant de l’inspiration et se trouvant face à une intelligence artificielle appelée Dalloway. Cette dernière, aux influences de plus en plus palpables, trouble les limites entre aide à la création, surveillance et domination psychologique. Alex Lutz dévoilera son interprétation de Connemara, l’œuvre primée du Prix Goncourt 2018 écrite par Nicolas Mathieu, lors de Cannes Première. Ce film examine les questions liées à la quarantaine, au succès social et aux divisions socio-politiques. Un roman qui se situe dans la France périphérique. Raoul Peck, de son côté, réalise Orwell : 2+2=5, un documentaire essayistique centré sur George Orwell et son œuvre phare 1984. Il vise à réactualiser la dimension politique de ce dernier à l’aide d’une mise en scène engagée.
Kirill Serebrennikov tire son inspiration du Prix Goncourt 2017, attribué à Olivier Guez pour son œuvre La Disparition de Josef Mengele. Le livre dépeint l’évasion du criminel nazi en Amérique du Sud et l’émergence de son immunité, alliant précision historique et vertige moral. Pour conclure, lors de la Séance Spéciale, Sylvain Chomet dévoile Marcel et Monsieur Pagnol, une représentation libre et poétique de l’univers de Marcel Pagnol, oscillant entre souvenir personnel et hommage au septième art. Un long métrage d’animation qui rend hommage au patrimoine littéraire et cinématographique français, en créant un lien entre les générations, les souvenirs et l’imaginaire narratif.


