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Hachette : Arnaud Lagardère ne dit pas non aux livres écrits par IA

Est-ce que nous verrons prochainement un livre rédigé par une IA qui arbore la célèbre couverture jaune décolorée des éditions Grasset ? Lors de l’assemblée générale des actionnaires d’Hachette le 29 avril, Arnaud Lagardère n’a pas exclu la possibilité d’une telle éventualité. « Cependant, il a tempéré : « Nous n’avons pas encore atteint ce point aujourd’hui ».

« Selon notre perspective, nos auteurs possèdent une intelligence innée suffisante pour ne pas avoir besoin de l’assistance de l’intelligence artificielle », a-t-il réaffirmé, comme le rapportent les médias. Toutefois, le vice-président du principal groupe de presse français, détenu par Vincent Bolloré depuis 2023, semble insinuer que la vérité d’aujourd’hui ne sera pas nécessairement celle de demain : « Il est indéniable que nous verrons de plus en plus d’ouvrages générés ainsi, par des machines. » La position actuelle d’Hachette sur ce sujet – « nous avons actuellement assuré que cette IA n’était pas impliquée dans les créations elles-mêmes » – n’est donc pas définitive : « Nous déciderons de ce que nous ferons à ce moment-là, évidemment. »

En ce qui concerne l’éventualité que les machines prennent la place des humains dans le secteur de la littérature, Arnaud Lagardère adopte une attitude plus optimiste qu’inquiète : « Je ne crains pas que les auteurs contemporains, les individus réels en vie, ne parviennent pas à se démarquer. » Le vice-président du groupe Hachette prédit… cependant l’avenir est déjà présent et ses rivaux en sont pleinement informés. Pour son superbe ouvrage Rimbaud est vivant, Gallimard n’a pas hésité à incorporer des images produites grâce à des outils d’intelligence artificielle. Sous la direction de Luc Loiseau, l’immortel poète est revitalisé pour évoquer ses voyages entre 1870 et 1875. Au printemps 2023, la maison d’édition du groupe Humensis — qui inclut également L’Observatoire, PUF et Les Équateurs — Passés/Composés a sorti Si Rome n’avait pas chuté, une œuvre créée à l’aide de plusieurs instruments d’intelligence artificielle. Raphaël Doan, historien de l’Antiquité, en est l’initiateur et le guide du projet.

Cette uchronie, qui dépeint un univers où l’Empire romain demeure vivant, a été conçue par le spécialiste et écrivain. Néanmoins, la rédaction et les illustrations ont été effectuées par des intelligences artificielles. Le livre commence par une introduction détaillée où l’auteur décrit son processus de travail, met en lumière les zones d’ombre de ces nouveaux instruments, tout en soulignant pourquoi « tout semble nous encourager à les adopter pour les exploiter à notre profit ». De même, l’artiste canadien Tim Boucher a réussi à rédiger plus de cent livres en deux ans grâce à l’assistance de divers outils d’IA générant des textes et des images. Publiés en France par l’éditeur Typophilia, il reconnaissait dans une interview pour ActuaLitté que la qualité de son travail était parfois « bonne, très bonne même, et comparable à la création humaine. D’autres fois, c’est très étrange et médiocre ». Finalement, en 2023, un enseignant chinois en journalisme a obtenu le second prix d’un prestigieux concours de récits. Alors que l’auteure japonaise Rie Kudan a remporté le prestigieux prix littéraire Akutagawa, semblable au Goncourt local, l’année dernière en avouant que « 5 % de l’ouvrage contiennent des phrases produites par l’IA » Le monde nouveau existe déjà, et de manière consciente ou non, les écrivains, les éditeurs ainsi que les membres des jurys de prix littéraires semblent l’embrasser chaleureusement.

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