Peu après l’attribution du Prix Goncourt à Kamel Daoud pour son ouvrage Houris (Gallimard) en novembre 2024, un témoignage provenant d’Algérie commence à se faire entendre. Dans une émission de One TV, Saâda Arbane critique l’appropriation et l’exploitation de sa propre histoire par l’auteur, se considérant comme « privée […] de son récit, de sa vie, contre sa volonté », ceci malgré « les refus explicites de [s]es parents alors qu’ils étaient encore en vie ». Elle affirme s’identifier à Houris, plus précisément à travers le personnage d’Aube, l’un des personnages de l’histoire. « Mon cicatrice. Mon erreur. Les disputes avec ma mère. La procédure chirurgicale que j’étais censé subir en France, la pension que je touche en ma qualité de victime [d’attentats islamistes]. J’ai voulu avorter, c’est-à-dire que je voulais avorter. La signification de mes tatouages [situés à l’arrière du cou et sur le pied]. J’avais un salon de coiffure et d’esthétique, c’est ce qui est décrit dans le livre. Le lycée Lotfi. L’évocation fictive de mon amour pour l’équitation », témoignait celle qui a subi une agression perpétrée par des terroristes islamistes en 1993, alors qu’elle n’avait que 6 ans.
Me Fatima Benbraham, représentante légale de Saâda Arbane en Algérie, faisait état que, suite à la sortie de Houris à la mi-août 2024, « nous avons engagé deux actions en justice contre Kamel Daoud et sa femme Aicha Dehdouh, la psychiatre qui a pris soin de la victime ». Effectivement, Saâda Arbane avance que l’écrivain a pu bénéficier d’un accès privilégié à ses aspects biographiques grâce à Aicha Dehdouh et à une « violation du secret médical ». Au début de décembre 2024, Kamel Daoud avait fermement contesté les allégations, dénonçant un « procès médiatique » et une manipulation de la perception publique. Il s’inscrivait ainsi dans la défense orchestrée par son éditeur, Gallimard, qui faisait état de « campagnes diffamatoires intenses ». L’accusation de Saâda Arbane a effectivement émergé dans une atmosphère de tensions diplomatiques franco-algériennes, alors que la thématique du livre de Daoud, à savoir la guerre civile algérienne, demeure particulièrement sensible au-delà de la Méditerranée — le régime garde un silence quasi total sur ces événements des années 1990.
Selon un article de Mediapart, l’affaire judiciaire impliquant Saâda Arbane est désormais transférée en France. L’article indique que l’individu a été convoqué à comparaître devant le tribunal judiciaire de Paris le 7 mai 2025 lors d’une « séance de dédicaces à Saint-Médard-en-Jalles (Gironde) ». Il est accusé d’avoir « violé la vie privée », tout comme les publications Gallimard. Maître Lily Ravon et Maître William Bourdon, avocats de Saâda Arbane, parlent d’un « abus de confiance », d’un « pillage » et d’une « atteinte très sérieuse à l’intimité ». Dans une interview accordée à Mediapart, la plaignante rejette l’idée d’avoir été manipulée par le régime algérien, une hypothèse suggérée par Kamel Daoud dans sa réaction publique à la controverse.


