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Hubert Mono Ndzana : « Il faut une loi imposant un quota d’allogènes dans les villes »

Le philosophe braque une lumière sur les incidents survenus à Bayon où le tissu traditionnel Ndop de la communauté bamiléké a été brulé et tire une sonnette d’alarme sur l’instrumentalisation dont la culture fait l’objet de la part des entrepreneurs politiques au Cameroun.

Les Rencarts : Comment interprétez-vous la destruction du symbole d’une culture sur un sol étranger ?

Hubert Mono Ndzana : Le symbole, autant que le totem, représente ontologiquement l’essence culturelle d’un peuple donné. C’est pour ça que l’on respecte le totem et qu’il est interdit de tuer un animal qui en est l’incarnation pour le manger. Ce serait de l’autophagie. Vous seriez en train de manger vous-même. Si l’on s’attaque à votre totem, c’est votre âme culturelle qui est attaquée, donc à votre identité. C’est comme s’attaquer à un drapeau appartenant à une puissance étrangère. Symboliquement, vous frappez celle-ci à travers cet acte qui peut être compris une volonté, la vôtre, de l’anéantir. Ce qui est bien plus grave que de frapper ses soldats. Une manière de dire : « fous le camp, je ne veux plus de toi et de ton totem ». Le symbole ou le totem installe viscéralement l’être dans une localité. Il faut donc le déraciner. Le geste radical répertorié à Bayon est comparable à l’attaque d’un pays d’accueil contre l’ambassade d’une nation étrangère. Ce qu’il y a de très curieux dans cette affaire, c’est qu’il s’agit de deux peuples qui connaissent la valeur des symboles et totems dans une culture. Notion dont la compréhension est différente ici (Espace socioculturel fang béti, Ndlr) où l’on détruit la case du bamiléké que l’on chasserait. Pareil chez lui où le béti qui est éconduit est immédiatement remboursé pour l’achat du terrain précédemment acquis.

Est-ce que la destruction des valeurs culturelles des communautés au Cameroun, au nom des batailles politiques, ne constitue pas une grave atteinte au vivre-ensemble ?  

Nous allons là effectivement au-delà de la lutte politique qui est faite essentiellement d’enguelades. Vous vous insultez avec les gens et c’est ça que s’en tient la bagarre une fois qu’elle est terminée. Vous en prendre aux symboles ou totems de votre rival signifie que vous vous attaquer directement à lieu. Nous sommes vraiment montés d’un cran. La politique, ce sont les crêpages de chignons et nous continuons à boire les bières ensuite. Enlever le totem est interprété comme une manière de retirer l’âme. Vous vous en prenez au socle d’un être. Mais si le débat est celui de l’intégration, j’aimerais que vous insistiez sur la réciprocité de l’accueil de l’étranger. Les autres vous ont accueilli, soyez prêts  à accueillir les étrangers. Au même degré, je précise. Vous ne pouvez pas fermer vos frontières au point où si un allogène achète un lopin de terre à un pauvre naïf qui l’a vendu, croyant bien faire, vous vous réunissez dans votre symbolisme en disant au même moment que vous faites l’intégration. Il faut blâmer ceux qui posent des actes de tribalisme, mais il faut demander aux autres d’accepter la réciprocité  qui consiste à héberger les allogènes. Je vais d’ailleurs plus loin en proposant une loi obligeant un quota d’allogènes dans les villes réputées réfractaires. Les gens ne peuvent pas être aimables et recevoir les autres. Vous ne pouvez pas avoir des régions essentiellement peuplées d’autochtones et d’autres où la cohabitation se passe avec les allogènes. Ce mot existe bel et bien dans le dictionnaire français. Il ne s’agit pas d’une invention camerounaise. Il ne faudrait pas que certaines personnes jouent sur ce terme-là.  Ce serait une naïveté de croire que c’est une obligation pour certains de recevoir les étrangers tandis que l’inverse n’est pas envisageable.

Quel peut être l’apport de la culture dans la préservation de la paix sociale ?

C’est un mouvement naturel, l’hospitalité. Lorsqu’un étranger passe, vous lui donnez un verre d’eau à boire, une banane. Dans nos villages, cela a existé. Voilà donc la culture. Ce n’est pas une loi qui nous a imposé de mettre des régimes de bananes en bordure de route. Il faut maintenant parler d’une déliaison qui nous amène à abandonner ces habitudes. Nous allons d’ailleurs plus loin en chassant l’étranger. Je pense que l’Etat doit mettre des militaires et des policiers pour que l’étranger ne soit pas chassé. En revanche, l’Etat doit obliger les gens d’une localité à accueillir un quota d’étrangers. Il faut aussi l’exemple des religions. Lorsque vous entrez dans une église, personne ne vous demande d’où vous venez. Il faut reprendre ces valeurs-là et forger une nation. Je conseille de lire Jules Renan à travers son livre intitulé Qu’est-ce qu’une nation ?

 

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Le Ndop brulé à Bayon, les Mbô s’attaquent à l’âme des Bamiléké ?

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