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Interview de Didi TOKO, Directeur artistique du DOMAF.

Organiser un festival comme le DOMAF, c’est relever chaque année de nombreux défis, à la fois structurels, logistiques et humains.

Bonjour, Pouvez-vous vous présenter à nos Lecteurs et donner votre Titre dans l’organisation du DOMAF.

Je suis Toko, directeur artistique du DOMAF (Douala Music Art Festival), un festival pluridisciplinaire qui célèbre la musique, la danse, la mode, les arts visuels, la gastronomie locale avec le concept Chill and Tchop, ainsi que diverses formes de créativité. Le festival se déploie dans plusieurs quartiers de Douala, avec pour ambition de rapprocher l’art des publics et des territoires.

Quel est le secret de la longévité du DOMAF, qui en est à sa 14ème édition ? Qu’est-ce qui vous motive à continuer à organiser cet événement ?

Le DOMAF, c’est avant tout une équipe soudée, une grande famille qui s’est construite au fil des
années. Ce sont des passionnés qui ont compris la valeur de la créativité et choisi de se mettre au
service du secteur artistique. Notre engagement va bien au-delà de l’événementiel : nous contribuons au développement d’une économie culturelle encore embryonnaire. Aujourd’hui, le DOMAF incarne un collectif de personnes engagées dans la structuration et la professionnalisation des industries culturelles et créatives (ICC) au Cameroun.

Comment voyez-vous l’évolution du festival au fil des ans ? Quels sont les changements les plus significatifs que vous avez observé ?

Au fil des années, le DOMAF a connu une véritable transformation. Nous sommes passés d’un
événement centré sur la performance artistique à un véritable écosystème culturel, qui touche à la
fois à la création, à la formation, à la médiation et au développement des publics. L’un des changements les plus significatifs, c’est la structuration de notre équipe et de notre méthode de travail. Le festival s’est professionnalisé, tout en gardant son esprit collectif et engagé. Nous avons aussi élargi notre présence dans la ville, investi de nouveaux quartiers, et renforcé les collaborations avec des acteurs institutionnels et internationaux. Mais au-delà des chiffres ou de la portée médiatique, ce qui me marque le plus, c’est l’impact sur les artistes et les communautés : des vocations qui naissent, des talents qui émergent, et un public qui reconnaît le DOMAF comme un rendez-vous culturel majeur.

Quels sont les moments les plus mémorables de l’histoire du festival ? Y a-t-il des performances ou des événements qui vous ont particulièrement marqués ?

Le DOMAF a connu de nombreux moments forts, mais certains restent gravés plus profondément. Je pense par exemple à nos toutes premières éditions, quand nous montions des scènes avec très peu de moyens, mais une énergie incroyable. Le public, les artistes, les bénévoles… tout le monde était porté par une même passion. Parmi les performances marquantes, je retiens celles où la magie opère entre l’artiste, le lieu et le public des concerts improvisés dans un quartier, des battles de danse inattendues, ou encore des masterclass où l’on voit naître des déclics chez les jeunes.
Il y a aussi eu des moments de grande émotion, comme lorsqu’un talent local partage la scène avec un artiste international, ou quand des enfants des quartiers populaires montent sur scène pour la première fois. Ces instants rappellent pourquoi on fait tout ça.

Comment choisissez-vous les artistes et les groupes qui se produisent au festival ? Quels sont les critères de sélection ?

La sélection des artistes pour le DOMAF repose sur plusieurs critères, mais toujours avec une
volonté de diversité, d’authenticité et de qualité artistique. Nous cherchons à créer une programmation qui reflète la richesse des expressions contemporaines, tout en mettant en lumière des talents émergents, notamment locaux. Le critère principal, c’est la sincérité du propos artistique, l’originalité de la proposition, et sa capacité à dialoguer avec les publics. Nous tenons aussi compte de l’équilibre entre les disciplines (musique, danse, mode, arts visuels…), des collaborations possibles entre artistes, et de l’ancrage dans les réalités sociales et culturelles du Cameroun. Enfin, il y a une part de feeling : certaines propositions résonnent particulièrement avec l’esprit du DOMAF un esprit libre, engagé et créatif.

Quels sont les défis les plus importants que vous rencontrez lors de l’organisation du DOMAF ? Comment les surmontez-vous ?

Organiser un festival comme le DOMAF, c’est relever chaque année de nombreux défis, à la fois
structurels, logistiques et humains. Le plus grand reste sans doute la question du financement.
Faire vivre un événement pluridisciplinaire, presque gratuit ou accessible, dans plusieurs quartiers, avec une exigence artistique forte, demande des ressources importantes. Nous devons aussi composer avec des infrastructures parfois limitées, une chaîne technique qui n’est pas toujours stable, et la nécessité de former des équipes sur le terrain. La coordination avec les partenaires institutionnels, les autorités locales et les communautés demande beaucoup de diplomatie et de pédagogie. Mais malgré tout, nous avançons. Grâce à la force du collectif, à l’engagement des équipes, et à une vision claire. On surmonte les obstacles en s’appuyant sur notre réseau, en construisant des collaborations solides, et surtout, en gardant notre capacité d’adaptation. Chaque édition est un apprentissage.

Quel est l’impact du festival sur la communauté locale ? Comment contribue-t-il à la vie culturelle et économique de la Région ?

Le DOMAF a un impact réel et croissant sur la communauté locale, à la fois sur les plans culturel,
social et économique.

Culturellement, il démocratise l’accès à l’art en allant directement dans les quartiers, en proposant des contenus variés, gratuits ou à très faible coût, et en valorisant les talents locaux. Il permet aussi de faire émerger une nouvelle génération d’artistes, de techniciens et de créateurs, souvent issus de milieux peu visibles dans les circuits traditionnels.
Socialement, le festival crée du lien, renforce le tissu communautaire et propose des espaces
d’expression pour des jeunes souvent marginalisés. Il favorise la fierté locale, l’esprit d’initiative, et même parfois des vocations.
Économiquement, le DOMAF stimule une micro-économie culturelle : artisans, techniciens,
restaurateurs, couturiers, vidéastes… Tout un écosystème de services se met en mouvement autour de l’événement. À plus long terme, il contribue à structurer les ICC (Industries Culturelles et Créatives) et à montrer qu’il est possible de vivre de la culture au Cameroun, avec professionnalisme et vision.

Quels sont les projets pour les prochaines éditions du DOMAF ? Y a-t-il des nouveautés ou des surprises en préparation ?

Nous avons de grandes ambitions pour les prochaines éditions du DOMAF. L’idée est de
continuer à faire évoluer le festival sans perdre son âme : un événement accessible, enraciné dans
la ville, qui met en avant la créativité sous toutes ses formes. Parmi les projets en cours, nous travaillons sur une meilleure intégration des nouvelles technologies dans l’expérience du public (réalité augmentée, captations immersives…), ainsi que sur le renforcement des résidences artistiques, pour favoriser la création originale. Nous prévoyons aussi d’ouvrir davantage le festival à l’international, à travers des échanges avec d’autres festivals africains et européens, et des collaborations inédites entre artistes. Enfin, quelques surprises sont en préparation, notamment autour de la gastronomie et de la mode, avec des formats plus immersifs et participatifs. On garde un peu de mystère, mais ce qui est sûr, c’est que l’aventure DOMAF ne fait que commencer.

Comment le festival contribue-t-il à la promotion de la musique et des arts en Général ? Quel est son rôle dans la découverte de nouveaux talents ?

Le DOMAF joue un rôle central dans la promotion de la musique et des arts au Cameroun. C’est
un espace d’expression, de visibilité et de reconnaissance pour des artistes de tous horizons, qu’ils
soient émergents ou confirmés. En intégrant différentes disciplines (musique, danse, mode, arts visuels, etc.), le festival propose une approche transversale de la création. Il valorise la diversité des esthétiques, des langages et des territoires artistiques. C’est un véritable laboratoire de création, où les artistes peuvent expérimenter, se rencontrer et collaborer. Sur le plan de la découverte des talents, le DOMAF agit comme un tremplin. Chaque année, de jeunes artistes y font leurs premières grandes scènes, se confrontent à un vrai public, bénéficient de formations, de masterclass et parfois même de premières diffusions à l’international. Au-delà du spectacle, nous travaillons aussi sur la structuration du parcours artistique : encadrement, professionnalisation, accompagnement à la diffusion. C’est cette vision à long terme qui fait du DOMAF un acteur clé du développement culturel local et régional.

Qu’est-ce que le festival représente pour vous personnellement? Quel est le message que vous souhaitez transmettre à travers cet événement ?

Pour moi, le DOMAF est bien plus qu’un simple événement culturel. C’est une aventure humaine,
un espace de construction collective, une manière d’agir concrètement pour ma ville, mon pays et
pour les artistes. C’est aussi une réponse à un besoin profond de créer, de transmettre et de faire
lien. Le festival incarne mes valeurs : l’engagement, l’accès à la culture pour tous, la reconnaissance des talents locaux, et la croyance que l’art peut transformer des vies et des territoires. À travers le DOMAF, le message que je souhaite transmettre est simple mais puissant : la créativité est une force. Une force qui rassemble, qui fait grandir, qui inspire, et qui peut contribuer à bâtir une société plus ouverte, plus juste et plus vivante.

Votre Mot de Fin.

Merci à toutes celles et ceux qui croient en la culture comme levier de transformation. Le
DOMAF est une aventure collective qui ne cesse de grandir grâce à l’engagement des artistes, des
équipes, des partenaires, et du public. Continuons à rêver, à créer, à construire. L’art a encore beaucoup à dire, et nous sommes là pour l’écouter, le faire vivre et le partager.

Written by Claude Marc Nogha

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