Janvier Litsé, économiste de premier plan, consultant senior en finance et développement, et ancien vice-président de la Banque Africaine de Développement (BAD), a écrit un livre d’importance considérable : L’Afrique dans la peau, pour une pédagogie du développement. Ce livre, élaboré sous la forme d’un entretien dirigé par Roch Sosthène Nepo, est honoré d’une préface signée par le Dr Thomas Boni Yayi, ancien président du Bénin. Il loue la minutie intellectuelle et l’expertise approfondie de l’auteur en matière de questions économiques. Grâce à une démarche rigoureuse et un style d’écriture avisé, Janvier Litsé propose une perspective cruciale pour saisir les enjeux structurels du continent ainsi que les solutions envisageables en matière de gestion du développement actuel. Il s’affirme donc comme l’un des économistes africains les plus influents de son époque.
Le parcours académique et professionnel de Janvier Litsé témoigne d’une trajectoire hors du commun. Ayant été élevé au Cameroun par un enseignant bienveillant qui lui a transmis discipline, rigueur et sens du devoir, il a poursuivi des études supérieures en France, aux États-Unis et en Angleterre où il s’est spécialisé dans l’étude des politiques économiques. Sa compétence l’oriente vers la Banque mondiale, où il occupe le poste de spécialiste en gestion de la dette et analyste de recherche, avant de rejoindre la BAD, où il exercera pendant 26 ans. Il assumera successivement le rôle de directeur général pour l’Afrique de l’Ouest, puis celui de vice-président des opérations, supervisant des financements stratégiques d’envergure considérable. Son empreinte déterminante sur le financement des infrastructures en Afrique se manifeste particulièrement par l’allocation au Cameroun de 2,5 milliards de dollars (plus de mille milliards de FCFA) pour le développement de projets essentiels, comme la route Batchenga-Ntui-Yoko-Tibati, élaborée pour consolider l’intégration économique régionale.
Dans son livre, il ne se limite pas à présenter un bilan technique ; il questionne également les contraintes des modèles de développement centralisés. Il plaide pour une croissance dynamique basée sur l’initiative privée et un marché libre régulé. Prudent face au dirigisme économique, il soutient une perspective selon laquelle l’État assume un rôle de garant plutôt que d’intervenant, en établissant un cadre légal stable qui favorise l’innovation et l’investissement. Au-delà d’une simple approche théorique, L’Afrique dans la peau, pour une pédagogie du développement s’aligne sur une tendance intellectuelle qui remet en question les dogmes économiques traditionnels. Janvier Litsé met en évidence que les décideurs ne peuvent jamais disposer de toutes les données indispensables pour structurer efficacement une économie, car celles-ci sont disséminées dans la société et constamment en changement. Il plaide donc pour un modèle de développement économique axé sur la décentralisation de l’information et l’adaptation constante aux contextes locaux.
Un concept majeur qui parcourt son œuvre est la représentation de la croissance par le biais de deux éléments clés : le travail et le capital. Janvier Litsé démontre que, en l’absence d’une stratégie proactive axée sur l’exploitation de ces deux atouts, l’Afrique court le risque de rester coincée dans un cercle vicieux de dépendance économique. Son approche puise dans les théories monétaires et les variations économiques, soulignant l’interconnexion des éléments économiques, sociaux et institutionnels. Dans cette étude avant-gardiste, il offre des points de vue innovants dans le domaine de la gouvernance économique, soulignant l’importance d’une gestion efficace des ressources et d’une coordination améliorée entre les secteurs public et privé. Il examine aussi l’influence de la psychologie cognitive sur les décisions économiques, car il concentre ses pensées sur la rationalité des décisions stratégiques en temps d’incertitude.


