Le président américain a fait une promesse concernant un « accord » sur la vente des opérations américaines de TikTok, avec une date limite fixée au 5 avril par le gouvernement américain au conglomérat chinois ByteDance. Cette déclaration a été faite le dimanche 30 mars dernier. Conformément à la loi adoptée par le Congrès américain en avril 2024, l’accès à l’application de vidéo sera interdit sur le sol des États-Unis après cette date. Les préoccupations concernant TikTok ont donc vu le jour lors du mandat de Joe Biden, qui n’a pas hésité à exprimer son « inquiétude » à son homologue chinois Xi Jinping. Les responsables politiques américains pointent du doigt l’application, arguant qu’elle utilise à mauvais escient les données personnelles de ses utilisateurs et donnerait à Pékin la possibilité d’espionner les citoyens américains. Initialement, la date limite pour la vente des opérations américaines de TikTok était le 20 janvier. Cependant, suite à son élection, Trump avait accordé une prolongation de quelques mois au géant chinois.
Le 30 mars dernier, Donald Trump a mentionné qu’un « groupe d’investisseurs très prometteur » avait pris contact, sans toutefois donner davantage de précisions. L’AFP mentionne en tête de liste Oracle, un expert américain du stockage en ligne, parmi les candidats plus ou moins annoncés. Si aucun accord n’est trouvé, une prolongation du délai pourrait être envisagée. Une nouvelle offre, et pas des moindres, aurait été introduite en début de semaine, provenant d’Amazon, un concurrent d’Oracle. Selon le New York Times, qui évoque cette spéculation, elle ne serait pas considérée comme très sérieuse. Cependant, une lettre formelle de proposition aurait tout de même été adressée au vice-président JD Vance et au secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick.
Amazon pourrait avoir de bonnes raisons de porter son attention sur TikTok, car l’application, tout comme d’autres plateformes sociales, a le potentiel de se transformer en un puissant outil commercial. En fait, le titan du commerce en ligne avait essayé d’imiter les dynamiques de TikTok en lançant sa propre version, nommée Inspire. Le succès n’avait pas vraiment été présent. Bien que l’acquisition d’Amazon semble peu probable, les libraires américains sont en émoi. Selon une lettre adressée à Abigail Slater, procureure générale adjointe de la division antitrust au ministère de la Justice, l’American Booksellers Association exprime sa « ferme opposition » à tout rachat éventuel de TikTok par Amazon. « Un rachat de TikTok par Amazon irait à l’encontre de la création d’un marché équitable, découragerait une saine concurrence et l’innovation, mais renforcerait aussi le pouvoir monopolistique d’Amazon au détriment des consommateurs, de la compétition et de la création », explique l’organisation professionnelle.
D’après les libraires, l’importance qu’Amazon occupe déjà dans l’industrie du livre — considérée même comme « monopolistique » — serait accentuée par un rachat de TikTok, « étant donné qu’Amazon pourrait exploiter la communauté “BookTok” pour consolider sa domination sur le marché du livre ». Depuis le début des années 2020, le « phénomène » BookTok a entraîné, tant aux États-Unis qu’en Europe, en particulier en France, une hausse significative des ventes de livres. Toutefois, cette croissance est limitée à certains genres littéraires, notamment la romance et les ouvrages destinés aux jeunes adultes, voire même à quelques titres spécifiques. De plus, le réseau s’est transformé en un moyen de communication pour plusieurs auteurs, éditeurs et librairies. Par conséquent, l’acquisition de TikTok « obligerait les librairies indépendantes à remettre leurs données à leur principal adversaire, ou à renoncer à un canal de vente crucial et en expansion ». De plus, l’ABA se préoccupe que si TikTok America est acquis, Amazon pourrait manipuler les algorithmes pour privilégier ses propres produits et services. Le géant du commerce électronique aurait déjà appliqué cette pratique sur sa propre plateforme de vente dans le passé.


