L’ouvrage du pêcheur de Hemley Boum, intitulé « Le rêve », publié en janvier 2024 par les éditions Gallimard, a vite fait de se distinguer comme une œuvre importante de la littérature africaine actuelle. Ce roman, qui a gagné le Grand Prix Afrique 2025 lors du Salon du Livre Africain de Paris, a également été honoré par le Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2025, le Prix Louis-Guilloux 2024 et le Prix Littéraire des Sciences Po 2024. L’ouvrage raconte l’histoire de deux personnages : Zacharias, un pêcheur dans un village du Cameroun durant les années 60, et son petit-fils Zack, qui exerce en tant que psychologue clinicien à Paris. Zacharias observe que l’introduction de compagnies forestières promettant progrès et prospérité déstabilise son mode de vie, conduisant néanmoins à la décadence de sa communauté. Pour sa part, Zack a été élevé dans un quartier modeste de Douala par sa mère Dorothée, qui portait le surnom de « maman bordelle ». Il laisse sa mère et ses amis en arrière quand il part pour Paris à l’âge de dix-huit ans, quittant le Cameroun. En tant que psychologue clinicien, marié et père de jumeaux, il est obligé de faire face à son histoire personnelle lorsque tout commence à s’écrouler autour de lui.
L’histoire du roman oscille entre les narrations de Zacharias et de Zack, deux individus liés par la parenté mais éloignés par le temps et la distance. L’alternance de la première personne pour Zack et de la troisième personne pour les histoires familiales dans la trame narrative offre une immersion totale dans l’esprit et les émotions des personnages. Cette narration en parallèle fournit une vision approfondie des sujets de la transmission, de l’exil et de la recherche d’identité. On loue Hemley Boum pour sa prose poétique, riche et précise. Elle réussit à donner à chaque personnage une voix unique, faisant de leurs expériences et de leurs sentiments quelque chose d’éminemment authentique. Son style, profondément enraciné dans la tradition orale africaine et riche d’un lyrisme épuré, trace des images dynamiques, composées de silences tout autant que de hurlements. Le roman oscille entre la poésie et la politique, sans jamais sacrifier l’un pour l’autre.
Le rêve du pêcheur aborde des sujets universels comme la transmission, l’exil, le souvenir et l’identité. Le roman examine comment les décisions et les traumatismes des générations antérieures ont un impact sur celles qui suivent. Il souligne les obstacles de l’intégration, les conflits de fidélité et la complexité de forger une identité entre deux cultures. Le conte met aussi en évidence les répercussions de la mondialisation sur les communautés traditionnelles, comme le démontre la métamorphose du village de Zacharias. L’introduction des navires de pêche et des entreprises forestières reflète la disparition d’un mode de vie traditionnel et l’influence de l’industrialisation sur les communautés rurales africaines.


