in

L’esclavage dans les cales et sur les vagues

Marcus Rediker, dans « A bord du négrier : une histoire atlantique de la traite », braque une lumière nouvelle sur l’un des douloureux épisodes de l’histoire de l’humanité : la traite négrière.

« Ils examinèrent une famille – le mari, la femme et l’enfant – arrivée par la même pirogue qu’elle. L’homme, les larmes aux yeux, fut sorti par la porte du barricado, vers la partie avant du navire. De derrière la barrière, elle entendit les cris d’un autre homme en train de se faire pem pem, de se faire battre ». Un cliché parmi les très nombreux qui essaiment les pages d’un roman écrit sous une plume abolitionniste et narrative du sang dans le flot duquel ont navigué les négriers. Ces grands navires qui larguaient leurs amarres sur les berges de l’entre-tropique, remplissant leurs cales de viande africaine et dévalant les vagues du commerce triangulaire. C’est justement dans les entrailles de ces négriers, véhicules charriant le lasso du bourreau et la désubstantialisation de sa victime, que s’écrit A bord du négrier : une histoire atlantique de la traite, carnet de route dont chacun des dix chapitres est une escale dans cette déshumanisation à la chaine et au fouet.

Marcus Rediker, l’auteur, est tenu à la proue, maniant la barre d’un vaisseau qui vogue dans les eaux torrides de l’atlantique et transportant un équipage noir qui sue dans les cales en attendant de finir sous le joug d’un riche caféiculteur de l’Amérique naissante. Un avenir plutôt enviable pour qui refuse de céder aux sirènes d’une mutinerie à bord avant de subir le châtiment des requins. Dans ce livre paru en 2022 chez Seuil, l’ordre protocolaire dans cette satrapie où le commerce de l’autre garnit les caisses de précieuses royalties. Il y a notamment le capitaine Tomba, soldat chassé des casernes napoléoniennes et dernier maillon d’une chaine alimentaire qui commence avec le nègre happé aux filets. A proximité de ce « maitre d’équipage » en manque de vergogne, Barthelemew Roberts, un autre corsaire dont la tête est réclamée sur tous les billots et qui recycle son banditisme dans le business des esclaves. Toujours dans cette shortlist de vautours en quête de marchandises humanoïdes, les capitaines William Snelgrave, William Watkins et James Fraser, sous-fifres d’une industrie de la désafricanisation  stratifiée de la capture au comptoir.

L’on y évoque aussi les grands constructeurs de négriers, technocrates au service de l’esclavagisme et de sa navigation à travers les océans. A Joseph Manesty, nous devons le premier négrier en 1745 que le capitaine Anthony Fox équipe deux années plus tard. La diversité des vaisseaux négriers revient à Thomas Clarkson tandis que John Riland en célébrera les épopées dans sa poésie. Une machine bien huilée jusqu’à la visse, une organisation criminelle avec ceux qui pensent les plans et d’autres qui versent le sang. Ces navigateurs en eau trouble fréquentent tous les marchés où se vendent et s’achètent les nègres : les baies du Benin et du Biafra, l’ouest de l’Afrique centrale, la Sénégambie, la Côte-de-l’Or, etc. Une fresque à travers laquelle s’étale un drame qui a expurgé l’Afrique de sa force ouvrière, partie labourer des terres étrangères.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Esclavage : La résistance face à l’oppression

Nathalie Koah serait enceinte d’un homme marié, la toile s’enflamme