Ni fiction, ni journalisme, La liberté ne meurt jamais est un journal brut, marqué par des souffrances humaines et des manifestations de solidarité dans une Ukraine en conflit avec la Russie. Dès le début, le ton est établi : « La paix n’est que la courte trêve entre deux guerres. » Ce que Damien Castera offre au lecteur n’est pas un récit distant, mais une plongée complète, corporelle et sensorielle, dans un pays dévasté par la guerre. Le récit débute comme un appel du cœur, avec le premier voyage effectué dans une camionnette chargée d’aide humanitaire depuis le Pays basque jusqu’à la frontière ukrainienne. À trois mille kilomètres de distance, il découvre une population brisée mais toujours debout, un pays qui, au cœur des ruines, lutte pour préserver son humanité. Castera laisse s’exprimer celles et ceux dans l’existence de qui la guerre a tout détruit : des personnes rencontrées à Kharkiv ou Donetsk, dont les témoignages sont déchirants, ainsi que des personnages de la résistance civile, tels que Swampy, démineur de Boutcha, ou Pavel, qui sauvent des chiens laissés pour compte en zone critique. Chaque visage, chaque main qui tremble, chaque regard partagé devient une pièce de ce tableau humain. L’écrivain saisit ces moments avec une sensibilité exceptionnelle, faisant vibrer leurs souffrances et leurs aspirations. « Nous ressentons leur douleur, comme si l’ampleur de la tragédie pouvait être contenue dans un regard humide ou dans une main qui tremble », écrit-il.
Mais La liberté ne meurt jamais ne se limite pas à la documentation. Il pose des questions. Concernant la nature de l’engagement, l’épuisement occidental — manifeste lors de son troisième retour en Ukraine, alors que les feux de la rampe préfèrent se diriger vers Gaza —, et le rôle de l’art face à l’horreur. Le film que Castera réalise lors de son deuxième voyage, et qu’il revient présenter, se transforme en emblème d’une résistance par le biais de la culture. Pour lui, il ne suffit pas simplement de survivre, mais aussi de continuer à créer, raconter et transmettre. Grâce à l’usage d’images puissantes et de métaphores, l’écrivain établit des comparaisons avec les grandes guerres du XXe siècle. Selon lui, l’Ukraine actuelle rappelle Verdun, avec ses fossés, sa boue et ses silences trop chargés. Pourtant, au sein de cette obscurité, La liberté ne meurt jamais fait surgir des lueurs d’espoir. Selon Damien Castera, la liberté ne se trouve pas uniquement dans le triomphe militaire, mais aussi dans le courage, l’honneur et le sacrifice de ceux qui résistent à la barbarie. Ce livre émouvant, riche en humanité, rend hommage à un peuple résistant et nous exhorte à ne pas fermer les yeux.


