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Privatisation en Afrique : le modèle camerounais sur le grill

A travers « Privatisations en Afrique : l’exemple du Cameroun », l’économiste Célestin Tchacounté Lengué remue les cendres d’un épisode douloureux de l’histoire économique du Cameroun.

Un grimoire de près de 300 pages entre les lignes duquel s’étalent les péripéties d’une séquence tristement notoire de l’économie camerounaise : la privatisation. Célestin Tchacounté Lengué, auteur de Privatisation en Afrique : l’exemple du Cameroun (Harmattan), est la plume de laquelle coule un vocabulaire madrée de privations, d’ajustements structurels et de moult autres vocables ayant acté l’inhumation de l’interventionnisme dans les politiques économiques nationales. L’efflorescence qui a circulé durant les deux décennies du Cameroun indépendant explose au visage des pouvoirs publics, astreints dès le milieu des années 80 à remettre l’économie sur la voie de la productivité et de la compétitivité. Facile à dire qu’à faire dans un pays où le culte de l’Etat-Providence a encore bien de dévots dans ces administrations croulant sous d’énormes déficits et proches du dépôt de bilan. Les interlocuteurs des gouvernements africains ne sont plus les complaisants soviétiques et américains dans les caisses de qui étaient puisés des ressources prodigalement dépensées ; plutôt le Fonds monétaire internationale et la Banque mondiale, gardes-chiourmes d’une économie internationale sur les murs de laquelle est gravée la privatisation. C’est désormais aux pieds de ces nouveaux gendarmes que s’acquièrent désormais l’aval pour l’achat du moindre ventilateur. Au Cameroun autant que dans la presque-totalité des pays d’Afrique, la déroute s’installe dans le portefeuille des Etats et c’est tout naturellement qu’ils iront grossir les rangs à Bretton Woods, quêtant la « générosité » que seule la coopération internationale sait libérer.
Englué jusqu’au cou, le Cameroun de Paul Biya s’agrippera à la bouée de sauvetage sans pourtant sortir de ces eaux agitées qui l’entraineront vers des rivages inattendus. La reddition du Cameroun, après avoir trainé les pieds sur le chemin de Bretton Wood, surviendra au milieu de 1995 au terme de solutions endogènes ponctuées par des échecs. La Mission de réhabilitation des entreprises du secteur public (Mrap), les contrats de performance et tant d’autres formules se heurtèrent, d’après Célestin Tchacounté Lengué, à une multitude d’aspérités propres au contexte camerounais. Lourdeur administrative, corruption, pratiques monopolistiques sont autant d’entraves érigées devant la volonté gouvernementale de sortir l’économie camerounaise de l’impasse.
Analyste financier de très longue date, c’est aussi dans son expérience personnelle que Célestin Tchacounté Lengué est allé trouver la pertinence de son propos. Dernier administrateur de l’ex-Régie des chemins de fer du Cameroun (Regifercam), il a vécu l’agonie de cette entreprise qui renaitra de ses cendres à l’issue d’un processus de privatisation qui en fera la Cameroon Railways (Camrails). De son siège, il a assisté, impuissant, à la braderie de ce fleuron de l’économie camerounaise par des fonctionnaires mus davantage par des rétro-commissions indument versées par des mains à la fois noires, prédatrices et étrangères. Une anecdote comme de nombreuses autres qui essaiment un ouvrage riche par sa description minutieuse des principales phases qui ont escorté les plus de quinze années d’ajustement structurel et de redressement draconien.

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