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« Si loin…Les cris d’une mère » : le printemps après l’orage

Le combat que mènent deux mères pour revoir leurs enfants à elles enlevées est la trame de fond de ce roman de Jeanne Lambertine Bidjang.

Assiatou, native de Maroua et contrainte de payer de sa virginité la dette contractée par ses défunts parents chez le vieux et richissime Hassan. Angèle, sylphide toute en rondeur que la concupiscence détournera du lycée de Mvomeka’a pour en faire une mère célibataire à qui la progéniture sera enlevée. L’axe Nord-Sud où circule l’intrigue est une navette entre l’âpre désir d’Assiatou, détenue à la prison centrale de Yaoundé pour avoir fixé un couteau dans le cou d’Hassan contre qui elle se défendait d’un viol conjugal, de revoir ses deux filles ; et la lutte jusqu’à en perdre la vie d’Angèle, réjouie au soir de sa vie si brève de voir tous ses 6 enfants réunis en une même cour. Claire et Miguel, deux belles âmes qui coordonnent les activités d’une association en charge de rétablir les liens entre enfants et parents après une séparation non consentie, sont les preux chevaliers qui libèreront chacune de ces deux mères des prisons dans lesquelles la pruderie des lois et le bannissement des communautés les ont enfermés. Un récit entre les lignes duquel coulent le sang et les larmes de protagonistes en affrontement avec une société où la ploutocratie des uns chemine en symbiose avec le trafic d’influence des autres, laissant sur le carreau des damnés dont le crime est de n’avoir personne pour les défendre. Ce trhiller à l’écriture palpitante et concrète occupe les 162 pages de Si loin…Les cris d’une mère (Ifrikeya), roman écrit par Jeanne Lambertine Bidjang. Un ouvrage à l’épilogue lacrymale malgré le ton militant qui en parfume les feuilles et du printemps qui succède à l’orage.
C’est aussi à la lecture de ce roman qu’est dressé un tableau kaléidoscopique des passéismes qui se cramponnent encore aux coutumes des crus alors que nous pensions que la modernité de cette époque nous en avait déjà débarrassés. Le mariage précoce, les grossesses non désirées, achats des consciences et autres irrédentismes à connotation tribale sont autant d’arriérismes sous le joug desquels croulent encore bien de communautés où la prégnance de la pauvreté et de l’illettrisme de plus de la moitié de la population n’arrange rien. Si loin…Les cris d’une mère est un également un plan de route pour qui est désireux de déboucher par accident dans les quartiers sordides et nauséeux de la prison centrale de Kondengui où Assiatou a purgé dix des vingt années de condamnation. Des murs hauts, sales et témoins de la désubstantialisation à laquelle la prostitution, la pédérastie et moult autres vénalités assujettissent les rebus qui s’y trouvent.

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