L’écrivain n’est pas un spécialiste de la musicologie, mais plutôt un « mélomane et audiophile de longue date » ; en 2022, il a dédié une recherche à La Flûte enchantée. D’ailleurs, l’opéra se distingue nettement dans une œuvre traversée de manière exhaustive par un intérêt fervent pour son sujet. Même pour les œuvres mineures (comme Il sogno di Scipione, par exemple), chacune mérite un résumé détaillé. Les œuvres majeures, quant à elles, bénéficient de dossiers bien fournis qui couvrent les circonstances de leur création et réception, et pour Les Noces de Figaro et Don Giovanni, ces dossiers sont étendus pour inclure la portée d’un chapitre. L’un des atouts de cette œuvre est qu’elle repose sur une documentation abondante – lettres, mémoires, recherches, etc. – dont de larges portions sont citées, parfois à l’excès.
Nous aurions souhaité que d’autres sections du répertoire de Mozart, tout aussi significatives que son travail lyrique, bénéficient du même traitement. Parmi d’autres exemples, l’auteur ne nous épargne aucun détail des difficultés financières auxquelles le musicien a dû faire face durant les années 1788-1789, particulièrement ardues. Cependant, ses trois dernières interventions – et quelle intervention ! – dans le domaine symphonique sont simplement évoquées (KV 543) et désignées par l’adjectif « merveilleuses » pour les KV 550 et 551, sans oublier la mention de l’éloge que Richard Strauss lui a adressé pour cette dernière. Il serait un euphémisme de dire que l’on reste sur sa faim.
Certaines déclarations peuvent étonner, comme celle-ci (p. 279) : « le fameux motet Exsultate, jubilate (KV 165), une œuvre exceptionnelle qui préfigure l’Ave verum de 1791 » : il est difficile de comprendre comment le style orné et débordant d’italien serait censé anticiper la gamme restreinte, avec ses nuances monochromes délicates, du second. L’écrivain met fortement l’accent sur la foi religieuse du compositeur, comme en témoigne cette déclaration : « Mozart est catholique et demeure catholique, tout comme son père. » Pour ces personnes, la religion est un paramètre, une hypothèse (p. 886). En guise de preuves musicales, on peut citer la Messe en ut mineur (KV 427) et, évidemment, le Requiem. On néglige souvent le fait que les deux partitions, supposées refléter la force des convictions de Mozart, sont restées incomplètes. Concernant « l’opus ultimum », il s’agit d’ignorer une vérité manifeste : cette pièce commandée a si peu de valeur pour le compositeur qu’il a préféré se concentrer sur la finalisation de deux opéras, le Concerto pour clarinette (KV 622), ainsi qu’une cantate maçonnique, plutôt que sur cette messe. Pour des motifs financiers, lui qui tirait si fréquemment le diable par la queue ? Ce n’est pas le cas, et l’ampleur des emprunts dans le Requiem confirme encore ce manque d’intérêt.
Ceux qui souhaitent suivre Wolfgang de manière détaillée trouveront certainement leur compte dans ces deux tomes riches en contenu, qui comprennent également des chapitres ou annexes soigneusement élaborés, s’intéressant par exemple à l’Autriche ou à la franc-maçonnerie au siècle des Lumières. La bibliographie commentée contribuera à continuer la recherche d’une perspective davantage axée sur les œuvres que sur le récit biographique. Au lieu du Mystérieux Mozart de Philippe Sollers, qualifié sans doute avec bienveillance de « schématique », nous aurions préféré le voir remplacer par le Mozart, The Early Years de Stanley Sadie publié en 2006, qui est tout à fait remarquable. Ce dernier permet au lecteur anglophone d’apprécier un exemple de concision vive et éclairée, aussi instructif qu’éclairant.


